- La vidéo en ligne représente la majorité des données qui circulent sur internet, mais son empreinte dépend surtout de l’écran utilisé et du réseau.
- Regarder sur un très grand téléviseur ou en 4K sur réseau mobile pèse bien plus lourd qu’une vidéo en qualité standard sur smartphone en Wi-Fi.
- Les chiffres chocs qui ont circulé sur le streaming ont souvent été revus à la baisse : mieux vaut raisonner en ordres de grandeur.
- Quelques réglages simples (qualité adaptée, Wi-Fi, lecture automatique désactivée) allègent nettement votre consommation.
Séries, vidéos courtes, matchs en direct, musique en fond sonore : jamais nous n’avons autant regardé et écouté en ligne. Faut-il pour autant culpabiliser à chaque épisode ? Pas vraiment. L’empreinte carbone du streaming existe, mais elle varie énormément selon la manière dont on regarde. Un même film peut avoir un impact très différent selon qu’il est lu sur un smartphone en Wi-Fi ou sur un immense téléviseur en ultra haute définition via le réseau mobile. Comprendre ces écarts, c’est pouvoir profiter de ses contenus préférés tout en allégeant son empreinte, sans effort démesuré.
Que se passe-t-il quand vous lancez une vidéo ?
Appuyer sur « lecture » déclenche une chaîne d’opérations invisible. La plateforme stocke le film sur ses serveurs, et bien souvent sur des serveurs de cache installés au plus près des utilisateurs pour éviter de longs trajets. Les données voyagent ensuite par les réseaux des opérateurs : fibre, câble, ADSL ou antennes mobiles. Elles arrivent à votre box ou à votre smartphone, puis s’affichent sur votre écran.
Chaque maillon consomme de l’énergie et, surtout, a dû être fabriqué. C’est la clé pour comprendre le sujet : l’impact du streaming ne se limite pas à l’électricité consommée pendant la lecture, il inclut une part de l’empreinte de fabrication de votre téléviseur, de votre box, des équipements réseau et des serveurs. Or, comme pour l’ensemble du numérique, les études de l’ADEME et de l’Arcep montrent que ce sont les terminaux, et en particulier leur fabrication, qui pèsent le plus.
Les trois facteurs qui font la différence
La taille de l’écran
C’est souvent le facteur numéro un. Un grand téléviseur consomme beaucoup plus d’électricité qu’un smartphone ou une tablette pendant la lecture, et sa fabrication mobilise bien plus de matières. Regarder seul une vidéo sur un écran géant n’a pas le même impact que la regarder sur un ordinateur portable. À l’inverse, un téléviseur partagé par toute la famille pour une soirée film « amortit » son empreinte sur plusieurs spectateurs.
Le type de connexion
Les réseaux fixes (fibre, ADSL) sont généralement plus efficaces par quantité de données transportée que les réseaux mobiles. Regarder une série en 4G ou en 5G, loin du Wi-Fi, sollicite donc davantage les infrastructures pour le même contenu. L’ADEME recommande ainsi de privilégier le Wi-Fi à la maison, et de télécharger ses vidéos à l’avance plutôt que de les diffuser en mobilité.
La qualité d’image
Plus la définition est élevée, plus le volume de données augmente : une vidéo en 4K représente plusieurs fois le volume de la même vidéo en haute définition. Sur un écran de smartphone, la différence entre HD et 4K est pourtant difficile à percevoir. Adapter la qualité à l’écran est donc un réglage gagnant : même confort visuel, moins de données.
Démêler le vrai du faux
Le streaming a fait l’objet de nombreuses comparaisons spectaculaires, du type « une heure de série équivaut à tant de kilomètres en voiture ». Plusieurs de ces estimations reposaient sur des hypothèses datées et ont été nettement revues à la baisse par des travaux plus récents, notamment parce que l’efficacité des réseaux et des serveurs progresse rapidement. Il convient donc de se méfier des chiffres trop précis qui circulent sans source.
Pour autant, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. Le volume total de vidéo consommée augmente fortement, avec l’arrivée des vidéos courtes, de la lecture automatique et des écrans toujours plus grands. Et la multiplication des appareils utilisés pour regarder (téléviseur, décodeur, box, barre de son, tablette, smartphone) pèse sur l’empreinte globale. Retenez l’essentiel :
- l’impact d’une heure de vidéo reste modeste à l’échelle individuelle, surtout comparé aux transports ou au chauffage ;
- il devient significatif à l’échelle collective, compte tenu des milliards d’heures visionnées ;
- le levier principal reste le nombre et la taille des écrans, ainsi que leur durée de vie.
Comparer les situations de visionnage
Le tableau suivant donne un classement qualitatif, du plus léger au plus lourd, pour une même vidéo. Il ne s’agit pas de chiffres précis, mais de tendances cohérentes avec les travaux publics sur le sujet.
| Situation | Empreinte relative | Pourquoi |
|---|---|---|
| Smartphone en Wi-Fi, qualité standard | Faible | Petit écran, peu de données, réseau fixe efficace |
| Ordinateur portable en Wi-Fi, HD | Modérée | Écran moyen, volume de données raisonnable |
| Smartphone en 4G ou 5G, haute qualité | Modérée à élevée | Réseau mobile plus sollicité |
| Grand téléviseur en 4K avec décodeur | Élevée | Écran énergivore, gros volume de données, plusieurs boîtiers allumés |
Huit réglages pour un streaming plus léger
Bonne nouvelle : réduire l’empreinte de vos séries ne demande aucun sacrifice. Voici les gestes les plus utiles, par ordre d’importance.
- Garder vos écrans longtemps : un téléviseur conservé dix ans plutôt que cinq divise par deux l’empreinte de fabrication rapportée à chaque année d’usage.
- Choisir une taille d’écran raisonnable lors du prochain achat, adaptée à la distance de visionnage et à la pièce.
- Privilégier le Wi-Fi au réseau mobile, et télécharger avant de partir en voyage.
- Adapter la qualité : la plupart des applications proposent un réglage automatique, économique ou haute définition. Sur smartphone, la qualité standard suffit largement.
- Désactiver la lecture automatique des épisodes suivants et des vidéos sur les réseaux sociaux.
- Écouter la musique en audio seul : lancer une vidéo pour n’écouter que la bande-son multiplie inutilement les données.
- Éteindre les boîtiers : box, décodeur et barre de son consomment en veille. Une multiprise à interrupteur permet de tout couper la nuit ou pendant les vacances. Pour d’autres idées dans le logement, voyez nos gestes pour réduire la consommation d’énergie.
- Regarder ensemble : une soirée film partagée vaut mieux que quatre écrans allumés dans quatre pièces.
Et du côté des plateformes et des infrastructures ?
Les acteurs du secteur ont aussi un rôle à jouer. Les plateformes améliorent régulièrement leurs techniques de compression vidéo, qui permettent de transmettre une image de qualité équivalente avec moins de données. Elles rapprochent les contenus des utilisateurs grâce aux réseaux de diffusion, ce qui limite les trajets. Certaines choisissent par défaut une qualité adaptée à l’écran détecté plutôt que la définition maximale.
Ces efforts relèvent d’une démarche d’informatique durable, le green IT, qui vise à rendre l’informatique plus efficace à chaque étage. Ils concernent en particulier les serveurs, dont la consommation énergétique des data centers fait l’objet d’une attention croissante, avec des progrès sur le refroidissement, l’approvisionnement en électricité bas carbone et la récupération de chaleur. Mais comme toujours, les gains d’efficacité peuvent être compensés par une hausse des usages : d’où l’intérêt de combiner technologie et choix éclairés des utilisateurs.
Questions fréquentes
Regarder une série en streaming pollue-t-il beaucoup ?
À l’échelle individuelle, l’impact d’une heure de vidéo reste modeste, surtout comparé aux transports ou au chauffage. Il devient significatif à l’échelle collective, compte tenu des milliards d’heures visionnées. Il dépend surtout de la taille de l’écran, du type de connexion et de la qualité d’image.
Vaut-il mieux télécharger ou regarder en streaming ?
Les réseaux fixes sont généralement plus efficaces que les réseaux mobiles. L’ADEME recommande de privilégier le Wi-Fi à la maison et de télécharger ses vidéos à l’avance plutôt que de les diffuser en mobilité, par exemple avant de partir en voyage, afin de moins solliciter les infrastructures mobiles.
La 4K est-elle à éviter ?
Plus la définition est élevée, plus le volume de données augmente : une vidéo en 4K représente plusieurs fois le volume de la même vidéo en haute définition. Sur un écran de smartphone, la différence est difficile à percevoir. Adapter la qualité à l’écran offre le même confort visuel avec moins de données.
Faut-il éteindre sa box la nuit ?
Box, décodeur et barre de son consomment en veille. Une multiprise à interrupteur permet de tout couper la nuit ou pendant les vacances, ce qui fait partie des gestes utiles pour alléger l’empreinte de vos usages vidéo. Vérifiez simplement que cela ne coupe pas un service dont vous avez besoin.
Les chiffres choc sur le streaming sont-ils fiables ?
Pas toujours. Plusieurs comparaisons spectaculaires, du type une heure de série équivaut à tant de kilomètres en voiture, reposaient sur des hypothèses datées et ont été nettement revues à la baisse par des travaux plus récents. Il faut se méfier des chiffres trop précis qui circulent sans source.
Quel est le facteur qui pèse le plus dans l’empreinte du streaming ?
La taille de l’écran est souvent le facteur numéro un : un grand téléviseur consomme beaucoup plus d’électricité qu’un smartphone ou une tablette, et sa fabrication mobilise bien plus de matières. Le levier principal reste donc le nombre et la taille des écrans, ainsi que leur durée de vie.
Le streaming n’est qu’une pièce du puzzle. Pour une vision d’ensemble et des conseils sur tous vos usages, rendez-vous dans notre dossier pour réduire l’impact de vos usages.
Sources : ADEME et Arcep, évaluation de l’impact environnemental du numérique en France ; ADEME, conseils pratiques pour réduire l’impact de ses usages numériques ; Arcep, rapports sur l’état de l’internet en France ; Agence internationale de l’énergie, analyses sur la consommation des réseaux et des centres de données.