- La déforestation désigne la conversion durable d’une forêt en un autre usage, le plus souvent agricole.
- Selon la FAO, de l’ordre de 10 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année, surtout sous les tropiques.
- Elle pèse sur le climat, la biodiversité et le cycle de l’eau, et touche directement les populations forestières.
- Satellites, capteurs acoustiques et traçabilité des filières aident désormais à surveiller et à freiner le recul des forêts.
Les forêts couvrent environ un tiers des terres émergées et abritent la majorité des espèces terrestres. Pourtant, chaque année, une surface comparable à celle de l’Islande est rasée ou brûlée pour laisser place à des pâturages, des plantations ou des mines. La déforestation n’est pas une fatalité lointaine : elle est liée à des produits que nous consommons tous les jours, du chocolat au steak en passant par le papier. Bonne nouvelle, les outils pour la mesurer et la réduire n’ont jamais été aussi performants. Voici l’essentiel pour comprendre le phénomène et agir à votre niveau.
Déforestation, dégradation, reboisement : de quoi parle-t-on ?
Pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la déforestation correspond à la conversion d’une forêt en une autre utilisation des terres : champ, pâturage, zone urbaine, route ou exploitation minière. Une coupe suivie d’une repousse naturelle ou d’une replantation n’est pas une déforestation au sens strict, puisque la forêt reste une forêt.
Il faut aussi distinguer la dégradation : la forêt est toujours là, mais appauvrie par des coupes sélectives, des incendies répétés ou la fragmentation par des routes. Moins visible sur une carte, elle réduit pourtant la biodiversité et le carbone stocké.
À l’inverse, le reboisement et l’expansion naturelle des forêts compensent en partie les pertes. C’est pourquoi on parle de perte « brute » (surfaces déboisées) et de perte « nette » (déboisement moins gains). Mais un hectare de jeune plantation ne remplace pas un hectare de forêt primaire, riche de siècles d’évolution et d’une biodiversité inégalée.
Où les forêts reculent-elles le plus ?
La FAO évalue la déforestation mondiale à environ 10 millions d’hectares par an ces dernières années, contre près de 16 millions dans les années 1990. Le rythme ralentit donc, mais il reste élevé. L’essentiel des pertes se concentre sous les tropiques :
- l’Amazonie, plus grande forêt tropicale du monde, partagée entre le Brésil et ses voisins ;
- le bassin du Congo, deuxième massif tropical, en Afrique centrale ;
- l’Asie du Sud-Est, notamment l’Indonésie et la Malaisie ;
- certaines forêts sèches, comme le Gran Chaco en Amérique du Sud, moins médiatisées mais très touchées.
La situation est différente en Europe. En France métropolitaine, la forêt couvre près d’un tiers du territoire selon l’IGN et sa surface a fortement progressé depuis le XIXe siècle. Elle subit toutefois d’autres pressions : sécheresses, attaques de scolytes et incendies, qui affaiblissent sa capacité à stocker du carbone. La Guyane, elle, abrite une vaste forêt amazonienne à préserver.
Les causes : l’agriculture en première ligne
Selon la FAO, l’expansion agricole est responsable de près de 90 % de la déforestation mondiale. Derrière ce chiffre, quelques grandes filières :
- l’élevage bovin, qui convertit de vastes surfaces en pâturages, notamment en Amérique latine ;
- le soja, cultivé en grande partie pour nourrir les animaux d’élevage, y compris en Europe ;
- le palmier à huile, présent dans l’alimentation, les cosmétiques et certains carburants ;
- le cacao, le café et le caoutchouc, souvent produits par de petits exploitants ;
- le bois, lorsque l’exploitation est illégale ou ouvre la voie à d’autres défrichements.
S’y ajoutent l’extraction minière, les grands projets d’infrastructures et les incendies, parfois volontaires pour défricher. Ces causes sont souvent imbriquées : une route forestière ouvre l’accès, les coupes suivent, puis viennent le feu et les cultures. La pauvreté, l’insécurité foncière et la demande mondiale en matières premières alimentent ce cercle.
Des conséquences pour le climat, la biodiversité et l’eau
Le climat
Les arbres et les sols forestiers stockent d’immenses quantités de carbone. Quand une forêt est brûlée ou défrichée, ce carbone repart dans l’atmosphère sous forme de CO2, l’un des principaux gaz responsables de l’effet de serre. Les changements d’usage des terres, déforestation en tête, représentent de l’ordre d’un dixième des émissions mondiales d’origine humaine. À l’inverse, une forêt en bonne santé absorbe du CO2 : la préserver, c’est protéger l’un de nos meilleurs alliés climatiques. À côté de ces puits naturels, découvrez aussi ce que permet le captage du carbone.
La biodiversité
La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) identifie le changement d’usage des terres comme la première cause d’érosion de la biodiversité terrestre. Les forêts tropicales concentrent une part considérable des espèces connues, et beaucoup d’entre elles n’existent nulle part ailleurs.
L’eau et les populations
Les forêts régulent le cycle de l’eau : elles retiennent les sols, limitent l’érosion et, par l’évaporation de leurs feuilles, contribuent aux pluies loin à l’intérieur des continents. Des centaines de millions de personnes dépendent aussi directement des forêts pour se nourrir, se soigner ou se loger, à commencer par les peuples autochtones, dont les territoires figurent souvent parmi les mieux préservés.
Quand la technologie veille sur les forêts
La surveillance des forêts a connu une petite révolution en vingt ans. Voici les principaux outils :
- Les satellites : les images des programmes Landsat (États-Unis) et Sentinel (Copernicus, Union européenne) permettent de cartographier les coupes presque en continu. La plateforme Global Forest Watch rend ces données accessibles gratuitement, et le Brésil utilise depuis longtemps un système d’alertes satellitaires pour orienter ses contrôles.
- Le radar : il voit à travers les nuages, précieux sous les tropiques où la couverture nuageuse masque souvent le sol.
- Les capteurs acoustiques : placés dans la canopée, ils détectent le bruit des tronçonneuses ou des camions et alertent les gardes forestiers en temps réel. Certains projets recyclent d’anciens smartphones alimentés par de petits panneaux solaires.
- Les drones et le lidar : ils mesurent la hauteur et la structure des arbres pour estimer le carbone stocké et suivre la reprise des forêts restaurées.
- La traçabilité numérique : géolocalisation des parcelles, cartographie des chaînes d’approvisionnement et outils d’analyse aident les entreprises à vérifier l’origine du soja, du cacao ou du bois.
La réglementation suit. L’Union européenne a adopté en 2023 un règlement contre la déforestation importée, qui vise à interdire la mise sur le marché de produits comme le soja, le bœuf, l’huile de palme, le cacao, le café, le caoutchouc ou le bois issus de terres déboisées après 2020. Son entrée en application a été repoussée à plusieurs reprises ; son calendrier reste à suivre sur les sites officiels. Préserver les forêts va aussi de pair avec une transition énergétique bien conduite, qui doit éviter de reporter la pression sur les forêts via des biocarburants ou une biomasse mal encadrés.
Que pouvez-vous faire à votre niveau ?
Nos achats ont un lien direct avec les forêts tropicales, même à des milliers de kilomètres. Quelques réflexes simples font la différence :
- Choisir du bois et du papier certifiés FSC ou PEFC, qui garantissent une gestion forestière encadrée.
- Privilégier des produits tracés pour le cacao, le café et l’huile de palme : labels équitables ou biologiques, engagements « zéro déforestation » vérifiables.
- Revoir la place de la viande, en particulier celle issue d’animaux nourris au soja importé, au profit de protéines végétales ou d’élevages locaux à l’herbe.
- Allonger la durée de vie de vos meubles et objets en bois, et recycler le papier.
- Soutenir des projets sérieux de protection ou de restauration, en vérifiant leur transparence et leur suivi dans le temps.
Questions fréquentes
La déforestation ralentit-elle dans le monde ?
La FAO évalue la déforestation mondiale à environ 10 millions d’hectares par an ces dernières années, contre près de 16 millions dans les années 1990. Le rythme ralentit donc, mais il reste élevé. L’essentiel des pertes se concentre sous les tropiques : Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est et certaines forêts sèches comme le Gran Chaco.
La forêt française est-elle menacée par la déforestation ?
En France métropolitaine, la forêt couvre près d’un tiers du territoire selon l’IGN et sa surface a fortement progressé depuis le XIXe siècle. Elle subit toutefois d’autres pressions : sécheresses, attaques de scolytes et incendies, qui affaiblissent sa capacité à stocker du carbone. La Guyane, elle, abrite une vaste forêt amazonienne à préserver.
Replanter des arbres suffit-il à compenser la déforestation ?
Le reboisement et l’expansion naturelle des forêts compensent en partie les pertes, d’où la distinction entre perte brute et perte nette. Mais un hectare de jeune plantation ne remplace pas un hectare de forêt primaire, riche de siècles d’évolution et d’une biodiversité inégalée. Préserver les forêts existantes reste donc essentiel.
Comment savoir si un produit contribue à la déforestation ?
Pour le bois et le papier, privilégiez les certifications FSC ou PEFC, qui garantissent une gestion forestière encadrée. Pour le cacao, le café et l’huile de palme, cherchez des produits tracés : labels équitables ou biologiques, engagements zéro déforestation vérifiables. La viande issue d’animaux nourris au soja importé mérite aussi attention.
Quelles sont les principales causes de la déforestation ?
Selon la FAO, l’expansion agricole est responsable de près de 90 % de la déforestation mondiale. Les grandes filières concernées sont l’élevage bovin, le soja, le palmier à huile, le cacao, le café, le caoutchouc et le bois, surtout lorsque son exploitation est illégale. S’y ajoutent l’extraction minière, les grands projets d’infrastructures et les incendies, parfois volontaires.
Que prévoit l’Union européenne contre la déforestation importée ?
L’Union européenne a adopté en 2023 un règlement contre la déforestation importée. Il vise à interdire la mise sur le marché de produits comme le soja, le bœuf, l’huile de palme, le cacao, le café, le caoutchouc ou le bois issus de terres déboisées après 2020. Son entrée en application a été repoussée à plusieurs reprises : son calendrier reste à suivre sur les sites officiels.
La déforestation n’est qu’une pièce du puzzle écologique. Pour relier forêts, climat, océans et biodiversité, parcourez notre panorama écologique, des forêts aux océans.
Sources : FAO, Évaluation des ressources forestières mondiales ; GIEC, sixième rapport d’évaluation (AR6) ; IPBES, rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité ; IGN, inventaire forestier national ; programme européen Copernicus ; Commission européenne (règlement sur la déforestation importée).