- Un bioplastique est soit biosourcé (fabriqué à partir de plantes), soit biodégradable, soit les deux : ces deux notions sont indépendantes.
- Les plus courants sont le PLA, issu de l’amidon ou du sucre, les PHA produits par des bactéries et le polyéthylène végétal.
- « Compostable » renvoie à des normes précises : la plupart des bioplastiques ne se dégradent qu’en compostage industriel, pas dans la nature.
- Ils restent une petite part du marché des plastiques : leur intérêt dépend surtout de l’usage et de la bonne gestion de leur fin de vie.
Sac de fruits et légumes qui se froisse comme du papier, gobelet « végétal » à la machine à café, filament d’imprimante 3D fabriqué à partir de maïs : les bioplastiques se sont glissés dans notre quotidien. Leur nom évoque la nature et laisse imaginer un emballage qui disparaîtrait tout seul dans le jardin. La réalité est plus nuancée. Un bioplastique peut être d’origine végétale sans être biodégradable, ou biodégradable tout en étant issu du pétrole. Pour faire les bons choix et bien trier, il faut comprendre ce qui se cache derrière cette étiquette. Explications.
Bioplastique : un mot, deux réalités
Le préfixe « bio » recouvre en fait deux propriétés distinctes, qui ne vont pas forcément ensemble :
- biosourcé : le plastique est fabriqué, en tout ou partie, à partir de ressources renouvelables d’origine végétale (maïs, canne à sucre, pomme de terre, huiles, bois) plutôt qu’à partir de pétrole ou de gaz ;
- biodégradable : le plastique peut être décomposé par des micro-organismes en eau, CO2 et matière organique, dans des conditions données de température, d’humidité et de durée.
La biodégradabilité dépend de la structure chimique du matériau, pas de son origine. Un plastique végétal peut donc être aussi durable qu’un plastique classique, et certains plastiques d’origine fossile sont biodégradables. Le tableau suivant résume les quatre cas possibles.
| Biodégradable | Non biodégradable | |
|---|---|---|
| Biosourcé | PLA, PHA, plastiques à base d’amidon | Polyéthylène ou PET d’origine végétale |
| Fossile | Certains polyesters comme le PBAT | Plastiques conventionnels (PE, PP, PET, PVC) |
Dans le langage courant, on appelle « bioplastiques » les trois premières catégories. D’où de nombreuses confusions.
Comment fabrique-t-on un bioplastique ?
Les procédés varient selon la famille de matériau. Voici les principaux :
Le PLA, à partir de sucre ou d’amidon
L’acide polylactique, ou PLA, est le bioplastique le plus répandu. On extrait l’amidon du maïs ou le sucre de la canne ou de la betterave, puis on le fait fermenter par des micro-organismes pour obtenir de l’acide lactique, la même molécule que celle produite dans le yaourt. Cet acide est ensuite assemblé en longues chaînes pour former un plastique transparent et rigide. On le retrouve dans les gobelets, les barquettes, les films et les filaments pour imprimante 3D.
Les PHA, fabriqués par des bactéries
Certaines bactéries stockent naturellement de l’énergie sous forme de polyesters, les polyhydroxyalcanoates ou PHA. En les nourrissant de sucres, d’huiles ou même de déchets, on peut récolter ces granules et les transformer en plastique. Les PHA ont l’avantage d’être biodégradables dans des milieux plus variés que le PLA, mais leur coût de production reste élevé.
Les plastiques « drop-in » d’origine végétale
On peut aussi fabriquer du polyéthylène ou du PET classiques à partir d’éthanol de canne à sucre. Chimiquement identiques à leurs équivalents pétroliers, ils se recyclent dans les mêmes filières, mais ne sont pas biodégradables.
Tous ces matériaux appartiennent à la grande famille des ressources biosourcées, qui valorise la biomasse dans la construction, le textile ou la chimie.
Où trouve-t-on des bioplastiques ?
Les usages se multiplient, souvent là où la réglementation ou la fin de vie les rendent pertinents :
- les sacs de fruits et légumes : en France, les sacs plastiques légers à usage unique proposés en caisse sont interdits, et ceux du rayon fruits et légumes doivent être compostables en compostage domestique et en partie biosourcés ;
- les sacs de collecte des biodéchets, qui peuvent être compostés avec leur contenu dans les filières adaptées ;
- les capsules de café et sachets de thé compostables ;
- les films de paillage agricole biodégradables, qui évitent de devoir ramasser et éliminer des films plastiques après la récolte ;
- les emballages alimentaires, notamment certaines bouteilles en PET partiellement végétal ;
- l’impression 3D, où le PLA est le filament de référence pour les particuliers.
Biodégradable, compostable : ce que disent les normes
Pour éviter les promesses floues, des normes définissent précisément ce que « compostable » veut dire :
- La norme européenne EN 13432 concerne le compostage industriel. Les emballages doivent se désintégrer et se biodégrader en quelques mois dans une plateforme de compostage, où la température et l’humidité sont élevées et contrôlées.
- La norme française NF T51-800 et les labels de type « OK compost HOME » attestent qu’un produit se dégrade dans un composteur domestique, à des températures plus basses et sur des délais plus longs.
Retenez qu’un plastique compostable en conditions industrielles peut mettre très longtemps à se dégrader dans votre composteur de jardin, et encore davantage dans la nature ou dans l’océan. C’est pourquoi la loi française encadre strictement la communication : depuis 2022, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) interdit d’apposer la mention « biodégradable » sur les produits et emballages, jugée trompeuse pour le consommateur. Les mentions « compostable » doivent, elles, préciser les conditions de compostage.
Les avantages réels des bioplastiques
Bien utilisés, les bioplastiques présentent plusieurs intérêts :
- moins de ressources fossiles : les versions biosourcées réduisent la dépendance au pétrole et au gaz ;
- un bilan carbone souvent plus favorable, car les plantes ont absorbé du CO2 en poussant, même si ce bénéfice dépend beaucoup des pratiques agricoles et de l’énergie utilisée pour la transformation ;
- une fin de vie utile pour certains usages : un sac compostable permet de collecter les épluchures sans polluer le compost, et un film de paillage biodégradable évite de laisser des fragments de plastique dans les champs ;
- des propriétés intéressantes : le PLA est transparent et facile à mettre en forme, certains PHA résistent bien à la chaleur.
Les limites à connaître
Les bioplastiques ne règlent pas pour autant le problème du plastique. Plusieurs limites sont régulièrement soulignées par l’ADEME et les chercheurs :
- Une part de marché très faible : ils représentent de l’ordre de 1 % de la production mondiale de plastiques, qui atteint plusieurs centaines de millions de tonnes par an.
- La question des terres agricoles : cultiver du maïs ou de la canne pour faire des emballages mobilise des surfaces, de l’eau et parfois des engrais et pesticides. Les recherches s’orientent vers des résidus agricoles ou des déchets.
- Les erreurs de tri : un gobelet en PLA mélangé aux bouteilles en PET peut perturber le recyclage des bouteilles, car ces matières ne se recyclent pas ensemble.
- Une biodégradation conditionnelle : abandonné dans la nature, un bioplastique peut persister longtemps et se fragmenter comme un plastique classique.
- Un effet d’aubaine psychologique : croire qu’un emballage « végétal » est inoffensif peut encourager le jetable, alors que la priorité reste de réduire.
Bien utiliser et bien jeter vos bioplastiques
Au quotidien, quelques réflexes suffisent pour tirer le meilleur de ces matériaux :
- Lisez les logos : un produit « OK compost HOME » ou conforme à la norme NF T51-800 peut aller dans votre composteur ; un produit seulement « compostable industriellement » ne le doit pas.
- Suivez les consignes de votre collectivité : selon les territoires, les sacs compostables peuvent être acceptés dans la collecte des biodéchets, ou non. En cas de doute, l’application ou le site de votre collectivité vous renseigne.
- Ne jetez jamais un bioplastique dans la nature : il ne disparaîtra pas rapidement, contrairement à une idée reçue. Pour mesurer les conséquences d’un plastique abandonné, voyez notre article sur la pollution plastique dans les océans.
- Réutilisez avant de jeter : un sac compostable de fruits et légumes peut servir plusieurs fois avant de terminer dans la poubelle à biodéchets.
Surtout, gardez en tête que le meilleur emballage reste celui qu’on évite. Pour réduire concrètement le plastique dans votre cuisine, votre salle de bain ou vos courses, consultez notre guide des solutions pour se passer du plastique : vrac, contenants réutilisables, verre, inox et bien d’autres.
Questions fréquentes
Un bioplastique est-il forcément biodégradable ?
Non. Biosourcé et biodégradable sont deux propriétés distinctes. Un plastique biosourcé est fabriqué à partir de ressources végétales, mais la biodégradabilité dépend de sa structure chimique, pas de son origine. Le polyéthylène ou le PET d’origine végétale ne sont pas biodégradables, alors que certains polyesters d’origine fossile, comme le PBAT, le sont.
Un bioplastique se dégrade-t-il dans la nature ou dans l’océan ?
Pas rapidement. Un plastique compostable en conditions industrielles peut mettre très longtemps à se dégrader dans un composteur de jardin, et encore davantage dans la nature ou dans l’océan. Abandonné dans l’environnement, un bioplastique peut persister longtemps et se fragmenter comme un plastique classique.
Peut-on mettre un gobelet en PLA dans son composteur de jardin ?
Seulement si le produit est conforme à la norme NF T51-800 ou porte un label du type OK compost HOME, qui atteste une dégradation en composteur domestique. Un produit uniquement compostable en conditions industrielles, selon la norme EN 13432, ne doit pas y aller : il exige une plateforme où température et humidité sont élevées et contrôlées.
Dans quelle poubelle jeter un bioplastique ?
Cela dépend du produit et de votre territoire. Selon les collectivités, les sacs compostables sont acceptés ou non dans la collecte des biodéchets : consultez leur site ou leur application. Ne mélangez pas un gobelet en PLA avec les bouteilles en PET, car ces matières ne se recyclent pas ensemble.
Pourquoi ne peut-on plus écrire biodégradable sur un emballage ?
Depuis 2022, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC, interdit d’apposer la mention biodégradable sur les produits et emballages, jugée trompeuse pour le consommateur. La mention compostable reste possible, mais elle doit préciser les conditions de compostage, domestique ou industriel.
Les bioplastiques sont-ils vraiment plus écologiques que le plastique classique ?
Ils réduisent la dépendance au pétrole, et leur bilan carbone est souvent plus favorable, mais cela dépend des pratiques agricoles et de l’énergie de transformation. Ils représentent de l’ordre de 1 % de la production mondiale de plastiques et mobilisent des terres agricoles. La priorité reste de réduire les emballages jetables.
Les bioplastiques font partie d’un vaste mouvement d’innovation pour concilier industrie et environnement. Découvrez-en toutes les facettes dans notre dossier sur les innovations de la green tech.
Sources : ADEME (avis sur les plastiques biosourcés et biodégradables) ; ministère de la Transition écologique (loi AGEC) ; Comité européen de normalisation (norme EN 13432) ; AFNOR (norme NF T51-800) ; OCDE (Global Plastics Outlook) ; European Bioplastics.