Énergies renouvelables

L’énergie solaire pour alimenter les grandes villes : potentiel et limites en France

En bref

  • Fin 2025, la France comptait 30,4 GW de solaire installé, soit plus que l’hydraulique, et le solaire a fourni environ 6 % de l’électricité produite (RTE, bilan 2025).
  • La programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février 2026 vise 48 GW de photovoltaïque en 2030 et entre 55 et 80 GW en 2035.
  • En ville, ce sont les grandes toitures, les friches et les parkings qui comptent : ils produisent sans consommer de terres agricoles ou naturelles.
  • Les limites sont connues : production concentrée en milieu de journée et en été, besoin de stockage et de flexibilité, réseaux à renforcer, usage des sols à arbitrer.

Le solaire ne rendra pas une grande ville autosuffisante, mais il peut couvrir une part croissante de l’électricité d’un territoire, à condition d’utiliser d’abord les surfaces déjà construites : toitures, parkings, friches. En France, le photovoltaïque est devenu en quelques années une filière de plusieurs dizaines de gigawatts ; reste à savoir ce qu’il apporte vraiment en matière d’indépendance énergétique, et où il peut s’installer sans empiéter sur les sols vivants.

Le solaire peut-il rendre la France plus indépendante sur le plan énergétique ?

Il y contribue, mais il faut préciser de quelle indépendance on parle. Pour l’électricité, la France produit déjà l’essentiel de ce qu’elle consomme : en 2025, RTE comptabilise une production d’électricité à 95,2 % bas carbone, grâce au nucléaire, à l’hydraulique et aux renouvelables. Le solaire y ajoute une production nationale qui n’exige aucun combustible importé.

Le véritable point de dépendance se situe ailleurs : le pétrole et le gaz fournissent encore près de 60 % de l’énergie finale consommée, surtout pour les transports, le chauffage et l’industrie. Le solaire ne les remplace pas directement ; il y répond de façon indirecte, quand la voiture électrique, la pompe à chaleur ou le procédé industriel électrifié se branchent sur une électricité produite localement. Notre dossier sur la trajectoire de la transition énergétique française replace cette question dans l’ensemble des leviers : sobriété, efficacité et énergies bas carbone.

Deux nuances s’imposent. D’abord, un panneau n’a pas besoin de combustible, mais il est fabriqué avec des équipements et des matériaux dont la production reste largement concentrée hors d’Europe : la dépendance se déplace plutôt qu’elle ne disparaît. Ensuite, produire sur son territoire protège des variations de prix des énergies fossiles seulement dans la mesure où le solaire pèse réellement dans le mix, ce qui n’est pas encore le cas à grande échelle.

Où en est le solaire en France ?

Les chiffres de référence du gestionnaire du réseau de transport sont les suivants :

IndicateurValeurAnnée
Puissance solaire installée en France30,4 GW, dont 5,9 GW ajoutés dans l’annéeFin 2025
Comparaison avec l’hydraulique25,7 GW de puissance hydrauliqueFin 2025
Production solaireun peu plus de 32 TWh, soit environ 6 % de la production d’électricité de la France continentale2025
Hausse de production par rapport à l’année précédente+8,1 TWh2025
Consommation brute d’électricité446 TWh2025

Ces chiffres montrent un décalage utile à garder en tête : le solaire dépasse l’hydraulique en gigawatts installés, mais il fournit environ 6 % de l’électricité, car un panneau ne produit qu’une partie de l’année, en journée. La puissance installée ne se confond jamais avec l’énergie réellement produite.

Les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie

La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été fixée par décret en février 2026 (décret n° 2026-76 du 12 février 2026, publié au Journal officiel le 13 février). Pour le photovoltaïque, elle retient :

  • 48 GW installés en 2030 ;
  • entre 55 et 80 GW en 2035, la fourchette traduisant l’incertitude sur le rythme réel de déploiement.

Atteindre 48 GW en 2030 suppose d’ajouter environ 17,6 GW à la puissance installée fin 2025. La répartition indicative de cet objectif donne une idée du rôle des toitures : environ 41 % pour les petites et moyennes toitures, 5 % pour les petites installations au sol, et 54 % pour les grandes installations, dont 38 % au sol et 16 % en toiture. Les objectifs d’une programmation peuvent être révisés ; consultez le ministère de la Transition écologique pour les valeurs à jour.

Quelles surfaces urbaines peuvent accueillir des centrales solaires ?

En milieu urbain et périurbain, la ressource rare n’est pas le soleil, c’est la surface disponible. Les territoires privilégient donc des espaces déjà aménagés, ce qui limite l’artificialisation et facilite l’acceptation locale.

Les grandes toitures

Entrepôts, plateformes logistiques, centres commerciaux, halles de marché, gymnases, écoles, hôpitaux : ces toitures sont vastes, souvent plates, peu ombragées et appartiennent à un seul propriétaire, ce qui simplifie la décision. Leur consommation d’électricité est en outre importante en journée (froid, ventilation, éclairage), ce qui permet d’absorber sur place une grande partie de la production. C’est le profil idéal pour réduire les pertes et la pression sur le réseau.

Les ombrières de parking

Un parking est une surface artificialisée qui peut produire de l’électricité tout en protégeant les véhicules du soleil et de la pluie, et en alimentant des bornes de recharge. La loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, adoptée le 10 mars 2023, impose d’équiper d’ombrières photovoltaïques au moins la moitié de la surface des parcs de stationnement extérieurs existants de plus de 1 500 m². Les échéances initiales fixées par décret sont le 1er juillet 2026 pour les parkings de plus de 10 000 m² et le 1er juillet 2028 pour les parkings de 1 500 à 10 000 m². Des assouplissements ont été prévus depuis, notamment un délai possible jusqu’en 2030 sous conditions techniques (décret de septembre 2026) : si vous gérez un parking concerné, vérifiez la règle applicable sur service-public.fr ou auprès de votre préfecture.

Les friches et sites dégradés

Anciennes zones industrielles, carrières, décharges réhabilitées ou délaissés autoroutiers peuvent accueillir des centrales au sol sans entrer en concurrence avec l’agriculture. Elles demandent une étude de pollution des sols et une concertation avec les riverains. Pour comprendre comment fonctionne ce type d’installation, de l’onduleur au poste de livraison, lisez notre explication du fonctionnement technique d’une ferme solaire.

Un exemple : le projet de centrale sur le marché d’intérêt national de Marseille

Le marché d’intérêt national des Arnavaux, à Marseille, illustre l’ambition et les délais de ces projets. En 2021, son gestionnaire, la Somimar, annonçait la couverture de ses toitures de panneaux photovoltaïques, pour environ 100 000 m² de modules, un investissement de 25 millions d’euros et une production visée de 18 GWh par an, dont une grande partie serait consommée sur place par les bâtiments et leurs chambres froides, le surplus étant revendu.

La mise en service, annoncée d’abord pour 2022, a pris du retard : en décembre 2022, la presse locale indiquait que les premiers chantiers ne concerneraient qu’une dizaine de bâtiments, soit 50 000 à 60 000 m², et que la transformation complète du site ne serait pas achevée avant 2027 ou 2028. L’état d’avancement actuel n’est pas documenté dans les sources consultées : renseignez-vous auprès du gestionnaire du marché avant de considérer le projet comme réalisé. Il reste un cas d’école : une grande toiture, un consommateur sur place, un montage financier privé, mais un calendrier plus long que prévu.

Le solaire en ville : que peut-on attendre des toits d’une métropole ?

La densité urbaine joue contre l’autosuffisance : une métropole consomme beaucoup d’électricité sur une surface réduite, alors que ses toitures sont souvent petites, ombragées, encombrées d’équipements techniques ou protégées au titre du patrimoine. Plusieurs freins sont récurrents :

  • Les ombres portées des immeubles voisins, qui réduisent fortement la production d’un pan de toiture ;
  • La copropriété, où il faut un vote en assemblée générale et un partage clair des coûts et de la production ;
  • Les règles d’urbanisme : une déclaration préalable est en principe nécessaire, et les abords de monuments historiques imposent l’avis de l’architecte des Bâtiments de France ;
  • La structure des toits, qui doit supporter le poids des modules et résister au vent.

Le solaire urbain a donc surtout un rôle de complément : il réduit la part d’électricité achetée au réseau pour un bâtiment, un quartier ou un parc de bâtiments publics, mais il n’alimentera pas à lui seul une ville. Pour vous, à l’échelle d’un logement ou d’une maison, la démarche est détaillée dans notre guide pour équiper votre toit de panneaux solaires.

Photovoltaïque ou solaire thermodynamique : lequel pour une ville ?

Le photovoltaïque transforme directement la lumière en électricité, quelle que soit la taille de l’installation, du panneau de toit à la centrale de plusieurs dizaines de mégawatts. Le solaire thermodynamique concentre au contraire le rayonnement avec des miroirs pour chauffer un fluide, produire de la vapeur et entraîner une turbine. Il exige un ensoleillement direct très important et des infrastructures spécifiques ; il convient peu aux contextes urbains. La très grande majorité des installations raccordées en France est photovoltaïque, et c’est cette filière que visent les objectifs de la PPE3.

Quelles sont les limites du solaire à grande échelle ?

L’intermittence

Le solaire produit surtout en milieu de journée et en été, quand la consommation n’est pas à son maximum. Ce décalage pose un problème croissant les jours ensoleillés et peu consommateurs : en 2025, RTE relève 513 heures de prix négatifs sur le marché de gros, contre 352 en 2024, et une modulation de production de l’ordre de 3 TWh pour l’éolien et le solaire, dont 1,6 TWh de solaire. Autrement dit, une partie de l’électricité solaire possible n’a pas été produite faute de débouché. Pour comprendre pourquoi cette variabilité est le principal défi des renouvelables, lisez notre explication sur les énergies renouvelables variables expliquées.

Le stockage et la flexibilité

Plusieurs réponses se combinent : le stockage par batteries, les stations de transfert d’énergie par pompage, le pilotage de la demande (chauffe-eau, recharge de véhicules déplacés vers les heures ensoleillées) et les échanges avec les pays voisins. À l’échelle d’un bâtiment ou d’un quartier, les batteries pour stocker le surplus des toitures permettent de décaler une partie de la production vers le soir, avec un coût et un impact de fabrication à mettre en balance.

Le réseau

Beaucoup de petites installations réparties modifient les flux d’électricité : le réseau, conçu pour descendre l’énergie de grandes centrales vers les consommateurs, doit aussi gérer des injections locales. Les gestionnaires (Enedis pour la distribution, RTE pour le transport) investissent pour renforcer les lignes et les postes, et les délais de raccordement pèsent sur certains projets. Plus une centrale est proche de sa consommation, moins elle sollicite le réseau.

L’usage des sols

Plus de la moitié de l’objectif de la PPE3 passe par de grandes installations, dont une part importante au sol. Le débat porte sur l’équilibre entre production d’énergie, agriculture et biodiversité : la priorité va aux toitures, parkings et friches, et l’agrivoltaïsme est encadré pour que l’activité agricole reste réelle. Les panneaux sont aussi collectés et recyclés en fin de vie via une filière dédiée.

Comment lire le chiffre d’un projet solaire ?

Quand on vous présente une centrale, quatre repères évitent les erreurs d’interprétation :

  • La puissance installée (kWc ou MWc) : c’est la puissance maximale dans des conditions standard, pas la production réelle ;
  • La production annuelle (MWh ou GWh) : elle dépend de l’ensoleillement, de l’orientation et des ombres ; c’est elle qui permet de comparer à une consommation ;
  • Le nombre de foyers alimentés : c’est une conversion qui repose sur une consommation moyenne supposée, donc un ordre de grandeur, pas une alimentation continue de ces foyers ;
  • L’usage de l’électricité : autoconsommée sur place ou injectée sur le réseau, ce qui change l’intérêt énergétique et économique.

À titre d’exemple de lecture, 18 GWh par an représentent 18 millions de kWh, à comparer à la consommation réelle du site qui les utilise : c’est cette comparaison qui compte, pas le seul chiffre de puissance.

Que peut faire une collectivité, un syndic ou un habitant ?

  1. Recenser le potentiel : toitures publiques, parkings, friches, avec une estimation de production et un diagnostic de structure.
  2. Privilégier la consommation sur place : écoles, piscines, bâtiments tertiaires consomment en journée.
  3. Prévoir le pilotage des usages et, si nécessaire, du stockage.
  4. Anticiper le raccordement en contactant tôt le gestionnaire de réseau.
  5. Informer les riverains et associer les habitants, par exemple via des projets citoyens ou de l’autoconsommation partagée.

Les dispositifs d’aide évoluent régulièrement : vérifiez les conditions en vigueur auprès de France Rénov’, de l’ADEME ou de service-public.fr. Ce contenu informe mais ne remplace pas l’avis d’un installateur qualifié ou d’un bureau d’études.

Questions fréquentes

Une grande ville peut-elle fonctionner uniquement à l’énergie solaire ?

Non, pas à elle seule. Une métropole consomme beaucoup d’électricité sur une surface réduite, alors que ses toitures sont limitées, souvent ombragées ou protégées. Le solaire réduit la part d’électricité achetée au réseau, mais il se combine avec d’autres sources, du stockage, des échanges avec les territoires voisins et un pilotage de la consommation.

Combien de solaire la France comptait-elle fin 2025 ?

Selon RTE, la France disposait de 30,4 GW de puissance solaire installée fin 2025, dont 5,9 GW ajoutés dans l’année, soit plus que l’hydraulique. La production a progressé de 8,1 TWh pour atteindre un peu plus de 32 TWh, environ 6 % de l’électricité produite en France continentale.

Quels sont les objectifs de la PPE pour le photovoltaïque ?

La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, fixée par décret en février 2026, vise 48 GW de photovoltaïque installés en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035. La fourchette de 2035 reflète l’incertitude sur le rythme de déploiement. Ces objectifs peuvent être révisés : consultez le ministère de la Transition écologique pour les valeurs actualisées.

Quels sont les meilleurs emplacements pour une centrale solaire en ville ?

Les grandes toitures d’entrepôts, de marchés, d’écoles ou de bâtiments publics, les ombrières de parking et les friches industrielles sont privilégiées. Ces surfaces sont déjà aménagées, ce qui évite de consommer des terres agricoles ou naturelles. Les sites qui consomment de l’électricité en journée permettent en plus d’utiliser la production sur place.

Les parkings doivent-ils obligatoirement être couverts d’ombrières solaires ?

La loi du 10 mars 2023 impose d’équiper au moins la moitié des parkings extérieurs existants de plus de 1 500 m², avec des échéances initiales en juillet 2026 puis juillet 2028 selon la taille. Des assouplissements sont prévus sous conditions. Vérifiez la règle applicable à votre cas sur service-public.fr ou auprès de la préfecture.

Pourquoi le solaire a-t-il besoin de stockage et de réseaux adaptés ?

Le solaire produit surtout en milieu de journée et en été, alors que la consommation suit d’autres rythmes. Sans débouché, une partie de la production doit être limitée, comme en 2025 avec 1,6 TWh de solaire modulé. Stockage, pilotage de la demande et réseaux renforcés permettent d’utiliser davantage cette électricité.

Le solaire n’est qu’une des briques d’un système énergétique plus sobre et plus propre. Parcourez toutes les solutions renouvelables pour s’équiper chez soi dans notre rubrique dédiée.

Sources : RTE, Bilan électrique 2025 (février 2026) ; décret n° 2026-76 du 12 février 2026 portant programmation pluriannuelle de l’énergie (Journal officiel du 13 février 2026) ; loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables ; Made in Marseille, articles sur le MIN des Arnavaux (février 2021 et décembre 2022).

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