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Nature & Technologie | quel impact sur les valeurs des armées ?

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La Russie vient d’annoncer la création d’une nouvelle unité de combat robotique constituée de véhicules terrestres sans pilote Uran-9 qui, testés au combat en Syrie, ont affiché des résultats mitigés. Par ailleurs, une version expérimentale, également sans pilote, du char T-14 Armata est en cours de développement ainsi que de nouveaux drones à longue portée dénommés Okhotnik et Altius.

Ces avancées sur les systèmes d’armes létales autonomes (SALA) ont une forte charge de projection de puissance à l’international mais leur déploiement dans des unités de combat reste encore exceptionnel. Cependant, ces évolutions constituent l’avant-garde d’autres projets qui, connus sous le nom d’« homme augmenté » (ou Human enhancement technologies, HET), ont pour but d’accroître les capacités des combattants.

À ce jour, si ces systèmes ne sont pas ou peu déployés, ils soulèvent déjà nombre d’interrogations sur ce que seront les champs de bataille du futur. Ainsi, on pense facilement à des améliorations comme les exosquelettes, qui relevaient encore récemment de la science-fiction mais sont aujourd’hui techniquement réalisables. Encore très perfectibles et sujets de nombreuses questions, ces systèmes ne font pas l’unanimité.

Des questionnements pour les SALA

L’enjeu des SALA est loin d’être anecdotique. En France, ce sujet a déjà fait l’objet d’un rapport d’information de l’Assemblée nationale qui précédait de quelques mois celui sur l’intégration de l’autonomie des systèmes d’armes létaux au comité d’éthique de la défense.

Après que la Russie a annoncé la création de son unité de combat robotique, les États-Unis ont répliqué que l’automatisation du champ de bataille exige une retenue éthique qui risquait de fait défaut à la Russie et à la Chine. Cependant, à l’instar des Occidentaux, la Russie souligne la nécessité qu’un humain conserve la maîtrise du recours à la force létale et n’envisage pas de déléguer cette décision à un quelconque système automatisé.

Il reste que, en dépit de ces propos rassurants, la crainte de voir la Russie changer de portage et autoriser la prise de décision hors du contrôle humain dans le temps est réelle. Cette crainte est d’autant plus forte que la nouvelle génération de drones, comme les Okhtonik et Altius, pourrait être équipée d’une IA embarquée pour la sélection, l’identification et même la destruction de cibles.

Une autre mutation majeure du champ de bataille, le soldat augmenté, soulève autant de questions qu’elle suscite d’inquiétudes.

Et des enjeux pour les hommes augmentés

Les soldats augmentés peuvent être définis comme le résultat de l’amélioration artificielle des capacités humaines par le développement technologique à des fins de guerre. Si tous les projets qui augmentent les capacités humaines n’aboutiront pas, loin s’en faut, ils ne relèvent plus de la seule science-fiction et soulèvent de nombreuses interrogations.

L’une d’elles porte sur l’encadrement international de la technologie militaire, à savoir le droit des conflits armés et les droits de l’homme. Il appartiendra au législateur de définir les droits de ces individus et leur responsabilité pour les actions qu’ils entreprennent munis de ces équipements.

Quelle est la responsabilité exacte de Bucky Barnes pour ce qu’il fait de son bras mécanique ?
The Walt Disney Company France

En termes de R&D, ces évolutions orienteront les activités d’une recherche qui deviendra prioritaire et devra s’adapter en fonction des besoins et des exigences futurs. Dans tous les cas, ces recherches devront être particulièrement scrutées au regard des normes de l’éthique biomédicale, notamment en ce qui concerne les expérimentations sur des sujets humains déjà visées par le Code de Nuremberg, la Déclaration d’Helsinki ou encore la loi Huriet en France.

Ces enjeux sont tout particulièrement importants alors que plusieurs pays s’engagent résolument dans cette voie : en témoignent la mise en œuvre par le Royaume-Uni de son projet Advanced Research and Invention Agency (Aria), le récent rapport du comité d’éthique sur le soldat augmenté, le programme Safe Genes de la Defense Advanced Research Projects Agency américaine (DARPA) ou encore les suspicions qui pèsent sur la Chine, soupçonnée de procéder à des expérimentations humaines pour créer des soldats biologiquement améliorés.

Mais outre ces sujets de première importance, l’impact des améliorations neurales et physiques humaines est encore plus vaste : il porte également en lui des conséquences pour l’armée qui risque de devoir adapter ses valeurs et son identité à ces révolutions technologiques.

L’identité de l’organisation et le corpus de valeurs

En effet, les armées disposent d’une identité très affirmée, structurée autour de valeurs fortes concourant à rendre prévisible le comportement des militaires qui y adhèrent. Ces valeurs sécurisent l’organisation et facilitent l’exercice du commandement au point qu’il est possible de dire qu’il n’y aurait pas de management sans valeurs.

De même, elles facilitent pour les hommes l’affrontement de situations extrêmes (imprévisibles, évolutives et risquées). Elles leur permettent aussi de réordonner le chaos ambiant et d’améliorer leur processus de prise de décision.

Dans le cas des armées, leur corpus de valeurs pourrait être affecté par des avancées technologiques qui donneraient naissance au soldat augmenté. En effet, il sera plus délicat de valoriser le goût de l’effort quand un exosquelette permettra de soulever de lourdes charges sans effort et sans entraînement. Dans la même logique, des configurations de combat à distance faisant appel à des SALA écorneront probablement la mythologie du héros dans sa forme actuelle puisqu’il minimiserait le risque physique et la portée de l’action héroïque réalisée par les militaires.

Pouvoir lever des charges lourdes sans effort conduira-t-il l’armée à perdre son système de valeurs ? Démonstration ici de l’exosquelette Mawashi au défilé du 14 juillet 2019.
Frederic Legrand/Shutterstock

Au-delà de ces quelques exemples, ces avancées technologiques, qui progressent à une vitesse exponentielle, soulèvent de très nombreuses questions, tant éthiques que bioéthiques. En outre, elles interrogent autant les législations internes que le droit international. Enfin, il semble inévitable que ces innovations impacteront l’armée en tant que structure mais aussi dans son mode de management. De fait, le déploiement de ces technologies risque d’en fragiliser l’équilibre et de la contraindre à adapter ses pratiques managériales, comme les processus de diffusion des valeurs qui façonnent son identité et participent à sécuriser le déploiement de ses stratégies sur les théâtres d’opérations.

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