- La biodiversité, c’est la diversité du vivant à tous les niveaux : gènes, espèces et écosystèmes, ainsi que leurs interactions.
- Selon l’IPBES, de l’ordre d’un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, sous l’effet de cinq grandes pressions humaines.
- Le déclin n’est pas irréversible : protection des milieux, restauration et pratiques agricoles adaptées donnent des résultats mesurables.
- Technologies (ADN environnemental, bioacoustique, applis de science participative) et gestes simples aident chacun à contribuer.
Un bourdon qui butine, un ver de terre qui aère le sol, une forêt qui filtre l’eau : sans que nous y pensions, le vivant rend chaque jour des services dont nous dépendons entièrement. Or la biodiversité recule à un rythme que les scientifiques jugent sans précédent dans l’histoire humaine. Pourquoi ce déclin, que mesure-t-on exactement et quelles solutions fonctionnent ? Tour d’horizon, à partir des travaux de l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la nature.
La biodiversité, bien plus qu’une liste d’espèces
Le mot « biodiversité » est la contraction de « diversité biologique ». Il recouvre trois niveaux imbriqués :
- La diversité génétique : les différences entre individus d’une même espèce, qui permettent aux populations de s’adapter aux maladies ou aux changements du milieu.
- La diversité des espèces : animaux, plantes, champignons, micro-organismes. Environ deux millions d’espèces ont été décrites, et les estimations du nombre total dépassent largement ce chiffre.
- La diversité des écosystèmes : forêts, prairies, zones humides, récifs, sols, grands fonds marins, chacun avec son fonctionnement propre.
Ce qui compte, ce n’est pas seulement le nombre d’espèces, mais les relations entre elles : pollinisation, décomposition de la matière organique, chaînes alimentaires, symbioses. La biodiversité ordinaire — les insectes du jardin, les oiseaux des champs, les micro-organismes du sol — joue un rôle aussi essentiel que les espèces emblématiques.
Ce que nous devons au vivant
Les scientifiques parlent de « contributions de la nature aux populations » pour désigner tout ce que les écosystèmes nous apportent. Quelques exemples parlants :
- L’alimentation : d’après l’IPBES, environ trois quarts des types de cultures alimentaires dépendent au moins en partie de la pollinisation par les animaux, principalement les insectes.
- L’eau : forêts, sols vivants et zones humides filtrent et régulent l’eau douce, et limitent les crues.
- Le climat : océans, forêts, tourbières et prairies stockent d’importantes quantités de carbone.
- La santé : une large part des médicaments est issue ou inspirée de molécules naturelles.
- L’innovation : le biomimétisme s’inspire des solutions éprouvées par le vivant, de la forme d’un bec d’oiseau pour un train plus aérodynamique aux structures de termitières pour ventiler naturellement un bâtiment.
Protéger la biodiversité, ce n’est donc pas seulement préserver la beauté du monde : c’est préserver les conditions de notre propre bien-être.
Un déclin mesuré par les scientifiques
En 2019, l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) a publié une évaluation mondiale fondée sur des milliers d’études. Ses principaux constats :
- de l’ordre d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies si rien ne change ;
- environ trois quarts des milieux terrestres et deux tiers des milieux marins ont été significativement modifiés par les activités humaines ;
- le rythme actuel des extinctions est bien supérieur à la moyenne des dix derniers millions d’années.
La Liste rouge de l’UICN, qui évalue le risque d’extinction espèce par espèce, confirme cette tendance : amphibiens, coraux constructeurs de récifs, conifères ou requins comptent une proportion importante d’espèces menacées. En France, où la diversité des milieux est exceptionnelle grâce aux territoires d’outre-mer, les suivis de l’Office français de la biodiversité et du Muséum national d’Histoire naturelle montrent notamment un recul marqué des oiseaux des milieux agricoles depuis la fin des années 1980.
Ces chiffres ne décrivent pas une disparition généralisée et uniforme : certaines espèces se portent mieux grâce aux mesures de protection, comme plusieurs grands rapaces ou le castor en France. Mais la tendance globale est nettement à la baisse.
Les cinq grandes causes de l’érosion de la biodiversité
L’IPBES identifie cinq pressions directes, classées par ordre d’importance au niveau mondial :
- Le changement d’usage des terres et des mers : déforestation, artificialisation des sols, agriculture intensive, drainage des zones humides. C’est la première cause sur terre : les espèces perdent simplement leur habitat.
- L’exploitation directe des organismes : surpêche, chasse et commerce illégaux, coupe de bois non durable. C’est la première cause en mer.
- Le changement climatique : déplacement des aires de répartition, décalage entre floraisons et arrivée des pollinisateurs, blanchissement des coraux. Son poids augmente d’année en année.
- Les pollutions : pesticides, excès d’engrais, plastiques, pollution lumineuse et sonore.
- Les espèces exotiques envahissantes : introduites volontairement ou non, elles concurrencent les espèces locales, comme le frelon asiatique ou certaines plantes aquatiques.
Derrière ces pressions se trouvent des causes plus profondes : nos modes de production et de consommation, la croissance des besoins en ressources et en énergie. C’est pourquoi le climat et la biodiversité sont intimement liés. Réduire son empreinte carbone, en mangeant moins de viande par exemple, allège aussi la pression sur les terres agricoles et donc sur les habitats naturels.
Des solutions qui fonctionnent
La bonne nouvelle, c’est que la nature a une grande capacité de récupération lorsqu’on lui en laisse la possibilité. Les exemples de restauration réussie sont nombreux : retour de poissons migrateurs après l’effacement de barrages, reconstitution de stocks de poissons grâce à des quotas bien gérés, recolonisation d’anciennes friches par une flore et une faune variées.
Protéger et restaurer les milieux
En décembre 2022, lors de la COP15 biodiversité, près de 200 pays ont adopté le cadre mondial de Kunming-Montréal. Parmi ses objectifs phares : protéger au moins 30 % des terres et des mers d’ici 2030 et restaurer une part importante des écosystèmes dégradés. En Europe, un règlement sur la restauration de la nature fixe également des objectifs de remise en état des milieux.
Transformer l’agriculture et les filières
L’agroécologie, les haies, les bandes enherbées, la réduction des pesticides et la diversification des cultures permettent de concilier production et biodiversité. Côté consommation, allonger la durée de vie des produits et réutiliser les matériaux réduit la pression sur les ressources naturelles : c’est tout l’objet de l’économie circulaire, qui limite l’extraction de matières premières et donc la destruction d’habitats.
Quand la technologie aide à mieux connaître le vivant
On ne protège bien que ce que l’on connaît. Or suivre des millions d’espèces sur toute la planète est un défi considérable. Plusieurs innovations changent la donne :
- L’ADN environnemental : quelques litres d’eau d’une rivière suffisent pour détecter les traces génétiques des poissons, amphibiens ou mammifères qui y vivent, sans les capturer.
- La bioacoustique : des enregistreurs automatiques captent chants d’oiseaux, cris de chauves-souris ou sons sous-marins, puis des algorithmes identifient les espèces présentes.
- Les pièges photographiques associés à l’intelligence artificielle trient automatiquement des milliers d’images de faune sauvage.
- Les satellites et les drones suivent la déforestation, l’état des récifs ou l’évolution des zones humides.
- Les applis de science participative comme Pl@ntNet, issue de la recherche publique française, ou les programmes Vigie-Nature du Muséum permettent à chacun d’identifier des espèces et de transmettre des observations utiles aux chercheurs. Notre guide pour choisir une appli de reconnaissance de plantes donne les bons réflexes.
Ces outils ne remplacent pas le travail des naturalistes, mais ils multiplient les données disponibles et accélèrent l’alerte en cas de problème. Pour vous lancer, découvrez notre méthode pour observer le vivant avec la technologie.
Agir à son échelle pour la biodiversité
Chacun peut contribuer, souvent avec des gestes simples et agréables :
- Au jardin ou sur le balcon : laisser un coin de pelouse non tondue, planter des espèces locales et mellifères, renoncer aux pesticides, installer un point d’eau ou un abri à insectes.
- La nuit : limiter l’éclairage extérieur, qui désoriente insectes nocturnes, chauves-souris et oiseaux migrateurs.
- Dans l’assiette : privilégier les produits de saison, issus de pratiques respectueuses du vivant, et le poisson pêché durablement.
- En balade : rester sur les sentiers, ne rien cueillir en zone protégée et ne relâcher aucun animal de compagnie dans la nature.
- En participant : comptages d’oiseaux, suivi des papillons ou des escargots, relevés botaniques. Ces programmes accessibles à tous alimentent la recherche.
À l’échelle d’une commune ou d’une copropriété, végétaliser, créer des mares ou préserver des haies a aussi un effet réel sur la faune locale.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’IPBES ?
L’IPBES est la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, souvent présentée comme l’équivalent du GIEC pour la nature. En 2019, elle a publié une évaluation mondiale fondée sur des milliers d’études. Elle y estime qu’environ un million d’espèces sont menacées d’extinction et identifie cinq grandes pressions directes sur la biodiversité.
Les espèces disparaissent-elles plus vite qu’avant ?
Selon l’évaluation de l’IPBES de 2019, le rythme actuel des extinctions est bien supérieur à la moyenne des dix derniers millions d’années. La Liste rouge de l’UICN confirme la tendance pour plusieurs groupes. Le déclin n’est toutefois pas uniforme : certaines espèces se portent mieux grâce aux mesures de protection, comme plusieurs grands rapaces ou le castor en France.
À quoi sert la biodiversité pour les humains ?
Les écosystèmes nous apportent de nombreuses contributions. D’après l’IPBES, environ trois quarts des types de cultures alimentaires dépendent au moins en partie de la pollinisation par les animaux. Forêts, sols vivants et zones humides filtrent et régulent l’eau douce. Océans, forêts, tourbières et prairies stockent du carbone, et une large part des médicaments est issue ou inspirée de molécules naturelles.
Quelles sont les principales causes du déclin de la biodiversité ?
L’IPBES identifie cinq pressions directes : le changement d’usage des terres et des mers, première cause sur terre, l’exploitation directe des organismes, première cause en mer, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Derrière elles se trouvent nos modes de production et de consommation, ce qui lie étroitement le climat et la biodiversité.
Un petit jardin peut-il vraiment aider la biodiversité ?
Oui, chacun peut contribuer par des gestes simples. Au jardin ou sur le balcon, vous pouvez laisser un coin de pelouse non tondue, planter des espèces locales et mellifères, renoncer aux pesticides et installer un point d’eau ou un abri à insectes. À l’échelle d’une commune ou d’une copropriété, créer des mares ou préserver des haies a aussi un effet réel.
Comment la technologie aide-t-elle à connaître le vivant ?
Plusieurs outils multiplient les données disponibles. L’ADN environnemental détecte les traces génétiques des espèces d’une rivière à partir de quelques litres d’eau. La bioacoustique identifie les espèces par leurs sons, les pièges photographiques trient des images grâce à l’intelligence artificielle, et satellites et drones suivent la déforestation. Ces outils ne remplacent pas le travail des naturalistes.
Biodiversité, climat, ressources : ces enjeux sont étroitement liés. Pour une vue d’ensemble claire et accessible, poursuivez avec notre panorama de l’écologie, du vivant au climat.
Sources : IPBES, évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques (2019) et évaluation sur les pollinisateurs ; UICN, Liste rouge des espèces menacées ; Office français de la biodiversité ; Muséum national d’Histoire naturelle (Vigie-Nature) ; Convention sur la diversité biologique, cadre mondial de Kunming-Montréal.